Disparition de Prince Rogers Nelson ; le monde du basket en deuil.

Jeudi 21 avril 2016, 18h30 ; la journée de boulot a
été bonne. Après une bonne session bien productive je sors m’acheter des clopes
et une baguette histoire de m’aérer un peu le museau. Dehors le printemps est
bien installé, il fait doux, tout est serein.

Perdu dans mes pensées, je sens à peine la vibration qui
agite le fond de ma poche ; un premier SMS.
– « Putain, Prince serait mort… confirmation par l’impresario… tu as
des infos ? »

Le temps d’une réponse peu ou prou rassurante (je le
savais hospitalisé – une vilaine grippe), tout s’accélère, messages sur
messages…
-« Ho bah non, décès de Prince… 57 ans. »

-« Sad, sad year »

-« Une pensée pour mon petit Loïc, dur ! »

-« J’espère que la nouvelle a pas trop de mal à
passer, des bisous »

-« Prince est mort ? »

Okay, HEY ! Je suis pas agent d’artiste ! (de
« l’Artiste ») … et en plus toutes vos vibrations commencent à me
refiler le tracsir. J’accélère le pas pour rentrer tracer les sources
d’informations. Il se peut que cela soit un vilain hoax. Vite.

Google > Prince / death… les infos arrivent,
principalement relayées par TMZ.

On aurait retrouvé un corps à Paisley Park (studio
d’enregistrement et résidence de Prince), mais le shérif du comté ne confirme
pas encore l’identité de la victime. NE CONFIRME PAS ENCORE !
Soulagement ; malgré une petite voix funeste, insidieuse et persistante,
ce n’est peut-être pas lui.

Et là… tweet fatal. Anna Meachan, son agent signe
l’atroce nouvelle. « C’est avec une profonde tristesse que je confirme que
cet emblématique artiste de légende, Prince Rogers Nelson est mort ».

Implosion, hébétude, silence.

Back in the days

Amsterdam, juillet 1984, un adolescent de douze ans
assommé par la chaleur et l’ennui d’une estivalité en terre étrangère,
fusionellement vautré au fond d’un canapé en cuir marron, découvre avec avidité
les joies de la toute jeune chaine musicale MTV. Pendant des heures les clips
s’enchainent ; Wham, Cindy Lauper, ZZ Top, Gary Glitter, Alice Cooper,
Madonna… Soudain un rif de guitare assassin déchire le brouhaha pop ambiant. A
l’écran les images d’un jeune éphèbe afro-américain, outrageusement lascif au
fond de sa baignoire d’où il apparait nu, envoie une pléiade d’œillades
suggestives qui en disent long sur ses intentions. Le titre s’affiche, Prince –
When doves Cry ; ma vie vient de changer, pour toujours.

When we were fans

Dans les années 80 en plein cœur de la mouvance new
wave/cold wave/post punk – au trou du cul provincial et culturel du sud de la
France – être fan d’un artiste aussi atypique que le kid signifiait souvent
solitude et incompréhension. Que de quolibets entendis-je à l’époque sur le
son, l’attitude et la sexualité (présupposée contre nature) de celui que
j’idolâtrais alors. Les noms d’oiseaux volaient bas, à son endroit comme au
mien, même si plus ou moins unanimement les détracteurs devaient bien
reconnaitre qu’il y avait bien « quelque chose » qui se passait avec
ce nain-là.

Solitude donc, jusqu’au jour ou – au détour d’un camp
d’ado’ – je rencontrais enfin un coreligionnaire ; nous avions trouvés
chacun en l’autre le support essentiel au développement de notre passion
musicale commune. A partir de là les choses se sont salement accélérées, en
lien avec le fan club de Paris nous avions trouvé le moyen d’accéder au
catalogue Français de tous les bootleg et autres produits « non
officiels » du Kid. Je garde en mémoire ce moment où j’ai reçu MA copie
sur cassette du légendaire Black Album qui était elle-même copié sur une
cassette copié sur le vinyle… pirate forcément. Etre fan à l’époque, ça se
méritait.

Idole

Parce que forcément, Prince était une idole, une vraie.
Pas une icône préfabriquée à la façon Stock Aitken Waterman (Rick Astley,
souvenez-vous…). Non. A l’instar de David Bowie et de ses multiples
personnalités, Prince multipliait son personnage à chaque album à grand
renforts d’une garde-robe à chaque fois repensée et d’excentricités capilaires
à géométries variables (notons au passage que Prince commencera et finira sa
carrière en mode « coupe afro »).

On gardera en mémoire la période « mini slip, mini
cuir mais il fait le maximum » de Dirty Mind, la période pourpre de
l’inénarrable « Purple Rain », la période jazzy dans le feutré façon
cotton club de « Parade » (oui, l’album de « Kiss » et de
« Girls & Boys » qui vaut surtout pour tous les autres titres
aussi hautement inspirés qu’expérimentaux) … la liste est encore longue,
période « Sign o’ the times », « Lovesexy »…

Heros

« Ils nous vendent des idoles, nous voulons des
héros » chantait Michel Cloup au sein d’ « EXPérience » et
à cet endroit, Prince n’était pas qu’une idole, c’était aussi un Héros. En
première lecture « Guitar Hero » bien sûr, tant son talent à manier
le manche était indéniable (bien qu’il ait toujours eu tendance à considérer
que son jeu pouvait toujours s’améliorer ; allez jeter un œil à ce lien – vers
3.30mn – pour vous en convaincre > https://youtu.be/6SFNW5F8K9Y),
mais aussi Héros musical dans un sens radicalement plus large. Imaginez que sa
légende raconte que le bonhomme était capable de jouer de tous les instruments
(j’ai dit tous) pour les besoins de ses compositions. Talent, travail, génie
créatif… si la définition du Héros inclut ne serait-ce que partiellement
l’inspiration que ce dernier est capable d’insuffler à tous ceux qui pourraient
croiser son chemin artistique alors Prince est à ranger sur les plus hautes
marches de l’Olympe musicale.

Comment ça j’en fais des tonnes ?! Bah quoi, j’suis
fan, enfin… ex fan, en mode repenti nostalgique.

Pourri

Parce que soyons clair, si Prince était éminemment
prolifique l’ensemble de son travail n’est pas fait que de chefs d’œuvres, loin
s’en faut. C’est là le prix à payer lorsque l’on dispose d’un trop plein
d’inspiration (c’est arrivé à d’autres, David Bowie – encore – en tête). Nous
entrons là dans l’Age noir de la production Princière. A l’aube des années 90
Warner sentira venir le coup et cherchera à restreindre le Kid à une seule
sortie par année, chose insupportable pour celui qui ira jusqu’à abandonner son
patronyme contractuel en se contentant de distribuer des fonds de tiroir
jusqu’à terme (« The Vault.. old friends for sale » entre
autres).  

Old friends

A l’heure de l’insupportable nouvelle je ne peux,
aujourd’hui que penser à tous ceux qui ont été part active de cette
« famille » Princière (par souci de « contrôle de la concurrence »,
Prince écrivait la musique de quasiment tous ses proches musicaux), Wendy
Melvoin, Lisa Coleman, Dr Fink, Eric Leeds, Sheila E, Morris Day, Jerome Benton,
Maceo Parker, George Clinton… (Putain, ils sont si nombreux) et à la façon dont
ils doivent la recevoir. 57 ans putain ; c’est vraiment pas un âge pour
passer l’arme à gauche lorsque l’on représente un tel potentiel.

Jehovah

Car que les choses soient très claires, si le nain a tiré
sa révérence si tôt ce n’est assurément pas que le fait d’une vilaine grippe.
Soyons sérieux. Mourir d’une grippe ? En 2016 ?! Même si le gars
préfère se défoncer au piano + microphone tous les soirs plutôt que de rester
au plume à se soigner à grands coups de grog… non ça ne colle pas. Dites-moi
plutôt que le machin a dégénéré et qu’une fois à l’hosto’ face à des
possibilités d’injections et ou de prise de sang le gars Roger a préféré mettre
en avant ses convictions religieuses (c’est dieu qui décide) plutôt que son bon
sens. Hm, okay, okay… le seul avantage que je peux voir à la chose c’est que de
son côté la team paradis ils va enfin avoir un showman correct (si l’on
considère que tout ce qui respecte un peu en terme de qualité musicale est déjà
en train de faire un bœuf de tous les diables au sous-sol).

« Sometimes it snows in april » donc… vilaine
prophétie ; ne m’en veuillez donc pas si en la circonstance je préfère me
rappeler que « life is a party, and parties weren’t meant to last ».

Ah oui, si vous vous posez encore la question du titre,
apprenez que s’il est communément admis qu’il était universellement doué pour
la musique, il n’en reste pas moins vrai qu’à son adolescence le Kid de
Minneapolis était aussi doué pour le sport. Basketball. Ne riez pas. Richard
Robinson, son coach de l’époque, cite à son endroit « Prince était un
excellent joueur ; il était excellent un ballon entre les mains, bon
tireur malgré sa petite taille ../.. il aurait pu commencer une
carrière… ». Ironie du sort, c’est le fait de n’avoir pu faire carrière
dans le sport qui le mènera à la carrière musicale qu’on lui connait.

« Si je ne peux pas devenir le plus grand basketteur
de tous les temps, je deviendrais le plus grand musicien de tous les
temps. »

So be it.

“Can I
have a halelujah ?!”

Loïc Swiny 

Laisser un commentaire

Fermer le menu