Fort heureusement, depuis l’an dernier, les deux plus grands festivals de la métropole Nice Côte d’Azur, le Nice Jazz Festival et les Nuits du Sud, ne sont plus en concurrence directe. Cette année, en revanche, les Nuits du Sud avaient un adversaire de taille : la Coupe du monde de football.
Le premier soir, c’est bien Kylian Mbappé et ses coéquipiers, opposés au Maroc, qui ont remporté le premier duel. La place du Grand Jardin était malheureusement clairsemée. C’est dommage, car le festival s’est ouvert avec force grâce à Micro Ondes, un groupe aussi photogénique (digne de Ken et Barbie) que sonore, nous plongeant dans un univers électro, punk et résolument chaotique.
Il y a deux ans, Luiza avait réussi un véritable exploit : nous faire passer une excellente soirée alors que Christophe Maé était la tête d’affiche. Encore inconnue du grand public, elle nous avait séduits avec ses sonorités venues d’Amérique du Sud et avait éclipsé la vedette de la soirée. Cette année, l’effet de surprise n’était plus là. Sa bonne humeur et son énergie sont restées communicatives, rafraîchissantes en pleine canicule.
Mon plus grand moment du festival restera sans doute Mariam, du duo Amadou & Mariam. Musicalement d’abord : des morceaux longs, dansants, irrésistibles. Mais aussi pour une scène assez improbable. Un riverain, dans un bel esprit de convivialité, avait sorti son téléviseur afin que les agents de sécurité puissent suivre le match tout en assurant leur mission. Je me suis joint à eux. Pendant que Mariam nous envoûtait, la France dominait le Maroc et nous étions persuadés que le titre mondial nous tendait les bras. On connaît malheureusement la suite…
À ce sujet, je reste convaincu qu’aucun amateur de musique et de football ne devrait avoir à choisir. Pourquoi ne pas imaginer, les soirs de grandes affiches, un écran géant permettant de suivre le match tout en profitant des concerts ?
Le lendemain, Maya Kamaty, arrivée de La Réunion, nous a fait danser… tout en nous faisant réfléchir. Son humour a fait mouche lorsqu’elle demanda au public de former un triangle avec les doigts, censé représenter un samoussa, alors qu’en en réalité il symbolisait un sexe féminin. Un geste féministe qui a fait sourire autant qu’il a fait réfléchir.
Kassav’, c’est un peu comme un bon verre entre amis : on sait pourquoi on vient et on n’est jamais déçu. Leur zouk légendaire continue de faire danser toutes les générations.
Ce soir-là, le spectacle était aussi dans la foule. Quel plaisir de regarder les gens danser.
La troisième soirée débutait avec Geiste, très belle découverte. Une électro lente, sombre, presque hypnotique. À suivre de près.
Puis vint Bakermat. L’alliance de l’électro et du saxophone fonctionne remarquablement bien, même si je ne suis pas toujours un grand amateur de cet instrument, dont le son évoque parfois les crooners des années 1980. Ici, pourtant, la recette est efficace.
Même constat pour Breakbot & Irfane, qui ont parfaitement répondu aux attentes des amateurs de dancefloor. Comme dirait Boris : « ça a chauffé dans les bermudas ! »
La deuxième semaine débutait avec Soom T, en version DJ. Entre l’Écosse et l’Inde, son raggamuffin (j’adore ce mot !) a immédiatement trouvé son public.
Danakil, présenté comme la référence du reggae français, a confirmé sa réputation. Je ne suis pas le plus grand spécialiste du genre, mais une chose est certaine : le public, lui, était conquis.
Kolinga ouvrait ensuite la soirée de Véronique Sanson. Sa voix douce et son discours engagé — féministe, écologiste et décolonial — ont permis au public d’attendre sereinement la légende, sans jamais chercher à lui voler la vedette.
Il y a quelques jours, on a bien cru que Véronique Sanson allait tirer sa révérence. Heureusement, ce n’était qu’une alerte. On l’a retrouvée profondément heureuse d’être de retour sur scène. Elle a alterné ses plus grands succès avec des chansons plus personnelles, offrant de magnifiques séquences piano-voix où l’émotion était palpable chez chaque spectateur.
La soirée finale affichait complet. Pour le jeune Killian Alaari, monter sur scène devant plus de 4 000 personnes devait être impressionnant. Pourtant, il n’a laissé paraître aucun trac. Avec ses textes proches du slam et sa musique lumineuse, il a pleinement mérité son titre de lauréat du Tremplin Talents.
Puis est arrivé Magic System…. Je vais faire un aveu. Comme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, lorsque tout le monde s’extasiait devant Céline Dion reprenant L’Hymne à l’amour et que je restais de marbre, je me suis une nouvelle fois senti un peu extraterrestre. Tout autour de moi, plus de 4 000 personnes chantaient, dansaient, sautaient. Moi, malgré toute leur énergie communicative, leur zouglou n’a jamais dépassé mon nombril. Pendant tout le concert, j’ai regardé les autres être heureux.
Ben l’Oncle Soul, avec tout son talent, a parfaitement conclu cette édition en captant un public qui tentait encore de reprendre son souffle après la déferlante ivoirienne de Magic System.
C’est sans doute ce qui fait la force des Nuits du Sud depuis bientôt trente ans : une programmation capable de faire cohabiter les continents, les générations et les styles musicaux, sans jamais perdre son identité.
Et déjà, ce fut terminé.
La place du Grand Jardin de Vence va retrouver son silence pour un an. Une attente qui paraîtra bien longue tant ces six soirées nous auront fait voyager, danser, réfléchir et rêver.
Simon Pégurier