Un 21 Juin à Picaud

Hier, dans les brumes du réveil, je reçois un SMS de ma fille qui me dit : « bonne fête, je te la souhaiterai ce soir car là je suis dans un camping à Fréjus ».

Encore pris dans mes pensées d’Écosse (et de robe rouge), où je m’étais réfugié la veille pour échapper à la chaleur, je ne comprends pas grand-chose.

De quelle fête parle-t-elle ? Et que fait-elle dans un camping à Fréjus ?

Ne comprenant pas bien, café après café je reprends le cours de ma journée. Dans l’après-midi, malgré un soleil étouffant, je croise beaucoup de monde, de la musique un peu partout.

Narcissiquement, je me dis que tous ces gens sont invités à cette fête dont m’a parlé ma fille…

Puis je me rappelle soudain qu’un homme qui refusait de faire la queue au cinéma a eu, il y a 45 ans, la bonne idée d’inventer la Fête de la Musique.

Bon, soyons honnête : pour moi, cela ne veut pas dire grand-chose. La musique, c’est tous les jours, voire toutes les secondes, comme si mon cerveau était un juke-box permanent.

Écouter de la musique live uniquement le 21 juin, c’est comme fêter son amoureuse uniquement à la Saint-Valentin, ou manger des crêpes uniquement à la Chandeleur. C’est manquer d’initiative. Comme si ces fêtes, ainsi que les syndicats d’initiative, avaient été inventés pour ceux qui n’en ont pas.

Une fois intégré un peu tristement que ces gens-là n’étaient pas venus pour moi, je me souviens que nous avions, avec L’oreille qui gratte, organisé une Fête de la Musique dans la plus belle salle du département : C’Picaud . Salle climatisée. Ce qui, ce soir-là, relevait du luxe absolu.

Nous ouvrions avec MALT LIQUOR. D’entrée, la barre était haute. On naviguait de Radiohead à Pink Floyd, avec un son surpuissant. Même une petite fille de 3 ans s’est prise au jeu et est venue danser sur scène.

Kaoueen, en version duo, enchaînait avec un post-rock habité, où Pink Floyd revenait encore. Impossible de bouger de son siège : on est hypnotisé.

Puis arrive Liz Phair, pardon Silly Ideal, deux musiciens qui font du bruit comme dix. Une énergie plus efficace que dix séances de psy.

Ensuite, LaTeX Cabaret burlesque, gros son punk. Je me demande ce que la petite fille de 3 ans a pu penser de ces adultes qui disent des gros mots et crient plus fort que ses camarades de maternelle.

Puis BB Blues, groupe né en 1988, probablement le plus ancien du département. Quand la guitare démarre, on croit entendre un moteur de Porsche parfaitement rodé.

Janis et les Sylbar, comme si Phil Spector avait ajouté un mur de son à Nancy Sinatra. On imagine que Jacqueline Taïeb et Jacques Dutronc se sont réunis pour écrire les textes et que Catherine Ringer a chorégraphié le tout.

On termine avec See You : le punk, c’est une énergie qui grimpe aux murs, c’est tous les Mentos d’un coup dans le Coca.

Il est 1h30 du matin. Nous venons de prendre huit heures non-stop de musique.

Sur le chemin du retour, alors que mon autoradio propose une after avec Alors on danse de Stromae, je repense au SMS de ma fille et je me demande de quelle fête elle parle. Elle connaît mon amour de la musique, mais de là à me fusionner avec elle, il y a un pas qu’elle ne franchira pas…

Ma playlist enchaîne avec Papaoutai. J’ai répondre à Spotify : « un concert comme d’habitude ». Et je réalise enfin qu’elle parlait de la Fête des Pères.

Beau symbole pour moi : elle a eu lieu un jour de Fête de la Musique.

L’homme qui refusait de faire la queue au cinéma avait décidément eu une bien belle idée.

Laisser un commentaire

Fermer le menu